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Réforme de l’enseignement en Belgique : et si la classe autonome était déjà une réponse aux défis du tronc commun ?

Photo du rédacteur: Institut Pédagogique Anquetin Rault
Institut Pédagogique Anquetin Rault
8 sept.
7 min de lecture

Le "Pacte pour un enseignement d’excellence" est une réforme systémique structurée avec une cible affichée : réduire de moitié l’échec et le décrochage à l’horizon 2030.



La réforme de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles transforme progressivement la manière de penser l’école.


Avec la mise en œuvre du tronc commun et des nouveaux référentiels issus du Pacte pour

un enseignement d’excellence, les enseignants sont invités à faire évoluer leurs pratiques pour mieux répondre à l’hétérogénéité des élèves et aux enjeux actuels de l’apprentissage. Il ne s’agit plus seulement de transmettre des connaissances, mais de permettre aux élèves de devenir progressivement acteurs de leurs apprentissages, de développer leurs compétences et d’apprendre à mobiliser leurs connaissances dans des situations variées.


Enseignants en formation dans la province de Hainaut en Belgique
Enseignants en formation dans la province de Hainaut en Belgique

Cette évolution concerne notamment trois dimensions essentielles de la vie de classe : la manière d’enseigner, la manière d’évaluer et la manière de différencier.


Les orientations de la réforme donnent une place plus importante aux situations d’apprentissage actives, à l’évaluation diagnostique et formative, ainsi qu’à l’adaptation des apprentissages aux différents rythmes et profils des élèves. Sur le papier, ces orientations sont porteuses de sens. Dans une classe de vingt-cinq ou trente élèves, leur mise en œuvre soulève cependant une question très concrète : comment faire réellement, au quotidien, sans épuiser les enseignants ni perdre le cadre de la classe ?


C’est précisément sur cette question que la pédagogie de la classe autonome apporte une réponse intéressante. Sa particularité est de proposer une autre structure de séance, pensée dès le départ pour rendre possibles l’autonomie, la différenciation, le feedback et l’accompagnement individualisé.



Enseigner autrement sans perdre le cadre


L’un des changements importants portés par les nouveaux référentiels concerne la place de l’élève dans les apprentissages. Les situations proposées doivent être plus actives et plus variées, afin que l’élève ne soit pas uniquement dans une posture d’écoute et de réception. Cela suppose nécessairement de faire évoluer la place du cours magistral, sans pour autant remettre en question l’importance de l’enseignement explicite et de la transmission par l’enseignant.


C’est précisément l’équilibre recherché dans la classe autonome. Une séance est structurée autour de trois temps complémentaires : une première phase de cours, qui représente environ 25 % du temps et permet à l’enseignant de transmettre l’essentiel au groupe ; un temps de vérification, d’environ 15 %, notamment à travers des quiz permettant de vérifier rapidement la compréhension ; puis une phase d’ateliers autonomes, qui occupe environ 50 % de la séance. Durant cette dernière phase, les élèves apprennent en faisant, seuls ou avec leurs camarades, selon leur rythme et leur parcours.


Cette organisation permet donc de réduire la place du magistral sans supprimer le rôle de

l’enseignant. Celui-ci reste celui qui transmet, explique, structure et fixe les objectifs. Mais une fois les notions essentielles posées, il peut davantage observer les élèves en situation d’apprentissage, repérer leurs difficultés et intervenir auprès de ceux qui ont besoin de lui. L’environnement de travail et les rituels de la classe fournissent par ailleurs un cadre qui permet à l’autonomie de s’exercer sans devenir synonyme de liberté totale ou de désorganisation.

L’enjeu n’est donc pas d’enseigner moins, mais d’utiliser autrement le temps d’enseignement.



Évaluer pour faire apprendre


La réforme fait également évoluer la place de l’évaluation. Celle-ci doit davantage accompagner les apprentissages, notamment grâce à l’évaluation diagnostique et formative. L’objectif est de pouvoir identifier les difficultés pendant que l’élève est encore en train d’apprendre, afin de lui permettre de progresser avant que l’erreur ne se transforme en difficulté durable. Le feedback immédiat prend ainsi une importance particulière.


Mais cette ambition se heurte rapidement à une réalité bien connue des enseignants : comment donner un retour rapide et pertinent à une classe entière sans passer une quantité considérable de temps à corriger les productions de chacun ?

Elève réalisant un atelier classe autonome
Elève réalisant un atelier classe autonome

La classe autonome répond à cette difficulté en intégrant le feedback directement dans

les supports proposés aux élèves. Les ateliers sont conçus pour être autocorrectifs : après avoir réalisé une activité, l’élève peut vérifier sa réponse, identifier son erreur et, si nécessaire, reprendre son travail sans attendre la correction de l’enseignant. Cette organisation permet de faire de l’erreur une étape normale du processus d’apprentissage plutôt qu’une sanction. Le temps de vérification par quiz joue également un rôle diagnostique et formatif, puisqu’il permet à l’enseignant de repérer rapidement ce qui a été compris ou ce qui nécessite encore une intervention.


L’enseignant n’est donc pas écarté du processus d’évaluation. Au contraire, son rôle devient davantage celui d’un observateur et d’un accompagnateur. Il peut consacrer son temps aux élèves pour lesquels un retour personnalisé, une explication supplémentaire ou une remédiation sont réellement nécessaires. L’évaluation formative cesse ainsi d’être une tâche supplémentaire et devient une composante naturelle de la séance.



Différencier sans devoir préparer un cours pour chaque élève


La différenciation constitue probablement l’un des défis les plus importants auxquels les enseignants sont confrontés aujourd’hui. Une même classe rassemble des élèves qui n’ont ni les mêmes acquis, ni le même rythme de progression, ni les mêmes besoins. La réforme du tronc commun renforce encore cette nécessité de prendre en compte cette diversité, notamment dans le contexte de la suppression des premières différenciées et de l’accueil d’élèves aux profils de plus en plus variés.


La difficulté est alors de parvenir à différencier réellement sans devoir concevoir plusieurs cours parallèles. Car si chaque élève nécessite une préparation totalement différente, la différenciation devient rapidement impossible à maintenir dans la durée.


Organisation des ateliers en classe autonome
Organisation des ateliers en classe autonome

Dans la classe autonome, cette différenciation est intégrée directement à la structure des ateliers. Un même objectif peut être travaillé à travers des activités de niveaux différents, avec des ateliers de prérequis pour les élèves qui ont besoin de consolider certaines bases et des activités de dépassement pour ceux qui peuvent aller plus loin. Le plan de travail peut également être adapté au profil de l’élève. Certains supports peuvent proposer des consignes audio ou vidéo, tandis que d’autres permettent davantage de manipulation ou de travail en groupe.


Cette organisation change profondément la place de l’enseignant dans la différenciation. Il n’a plus nécessairement à créer un cours entièrement différent pour chaque profil : une partie de la différenciation est déjà intégrée dans les ressources et dans l’organisation du travail. Pendant que certains élèves avancent de manière autonome, l’enseignant peut se rendre disponible pour ceux qui ont besoin d’un accompagnement plus important.



Une autonomie qui s’apprend


Parler de classe autonome ne signifie évidemment pas laisser les élèves se débrouiller seuls. L’autonomie n’est pas l’absence de cadre ; elle repose au contraire sur un cadre suffisamment clair pour permettre progressivement à l’élève de prendre davantage de responsabilités.


Dans cette organisation, l’élève apprend à gérer une partie de son travail, à choisir son ordre de progression, à utiliser les ressources disponibles, à vérifier ses productions et à identifier les activités qu’il doit reprendre. Il peut également travailler avec ses pairs, demander de l’aide ou apporter son aide à un camarade. Cette liberté reste donc structurée par des objectifs et des règles de fonctionnement explicites.


Choix des ateliers en classe autonome
Choix des ateliers en classe autonome

Cette dimension rejoint directement l’une des ambitions importantes du tronc commun : permettre aux élèves de développer leur capacité à apprendre et à devenir progressivement autonomes. L’autocorrection joue notamment un rôle important dans cette démarche. En étant capable d’identifier une erreur et de comprendre ce qu’il doit reprendre, l’élève commence à porter un regard sur ses propres apprentissages. Il ne dépend plus uniquement du jugement de l’enseignant pour savoir s’il a réussi ou non.

L’autonomie devient alors elle-même une compétence que l’école apprend à construire.



Redonner une place au plaisir d’apprendre


La réforme ne parle pas uniquement de compétences et de résultats : elle porte également l’ambition de nourrir le désir et le plaisir d’apprendre. Cet objectif peut sembler abstrait, mais il prend une dimension très concrète lorsqu’on observe la manière dont un élève vit sa journée de classe.



Découverte de la diversité des ateliers possible en classe autonome
Découverte de la diversité des ateliers possible en classe autonome

Dans la classe autonome, l’élève dispose d’une marge de liberté dans son travail : il peut avancer à son rythme, recommencer lorsqu’il en a besoin, travailler seul ou avec d’autres et, selon les activités, choisir l’ordre dans lequel il progresse. Les ateliers peuvent également prendre des formes très différentes : manipulation, recherche, création, jeux, activités numériques ou travail plus classique sur papier.


Cette diversité permet de sortir d’un modèle dans lequel tous les élèves font exactement la même chose, au même moment et de la même manière. La liberté, lorsqu’elle est cadrée, peut ainsi devenir un levier d’engagement, d’attention et de motivation. Le plaisir d’apprendre n’est plus seulement une intention affichée : il peut être soutenu par l’organisation concrète de la classe.



Une pédagogie qui rejoint plusieurs ambitions du Pacte


Manipulation d'ateliers de toutes matières et de tous niveaux
Manipulation d'ateliers de toutes matières et de tous niveaux

Les référentiels du Pacte définissent des résultats à atteindre sans pour autant imposer ou recommander une pédagogie spécifique. La classe autonome, quant à elle, est une méthode qui incarne depuis plusieurs années ce types d'exigence, et ce n’est pas un hasard : elle en partage les mêmes valeurs et fondements, issus notamment de la recherche académique et des sciences cognitives.


Son organisation rejoint plusieurs des réponses recherchées par la réforme :


  • En permettant à chacun d’avancer à son rythme, de reprendre une activité et de bénéficier d’un feedback rapide, elle crée des conditions favorables à la remédiation et à l’individualisation des parcours.

  • En libérant du temps d’intervention pour l’enseignant, elle facilite également l’accompagnement des élèves qui rencontrent davantage de difficultés.

  • Elle rejoint aussi les finalités plus larges du tronc commun en donnant une place importante à l’autonomie, à la coopération, à la créativité et à la capacité à apprendre à apprendre. L’élève n’est plus uniquement destinataire d’un enseignement : il devient progressivement responsable d’une partie de son parcours et de ses décisions de travail.


La réponse proposée est finalement assez simple : faire évoluer la classe pour que l’autonomie, la différenciation et l’évaluation formative ne soient plus des exigences supplémentaires, mais deviennent des éléments naturels du fonctionnement quotidien.


La classe autonome n’est donc pas « la pédagogie du Pacte », mais elle peut en revanche constituer une réponse concrète et cohérente à plusieurs des ambitions portées par la réforme de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles.


Depuis 2022, nous formons régulièrement les équipes pédagogiques sur le site des établissements belges qui nous sollicitent. Notre équipe compte par ailleurs Julie Galand, qui est notamment conseillière pédagogique du réseau CPEONS, et et particulièrement au fait du référentiel attendu par le Pacte.


Contactez-nous pour étudier votre projet : formations.ipar@gmail.com


Fin de formation avec un groupe d'enseignants en Belgique
Fin de formation avec un groupe d'enseignants en Belgique


 
 
 

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